REPRESSION au pays des anges sans ailes

     « La police thaïlandaise a arrêté huit personnes, dimanche, pour avoir manifesté contre le régime militaire de plus en plus répressif, dont un homme qui a été appréhendé par des agents en civil alors qu’il lisait le roman "1984" de George Orwell à l’extérieur d’un luxueux centre commercial Il s’agit de la première arrestation connue en lien avec la lecture d’ouvrages considérés comme subversifs par l’armée, qui a pris le pouvoir le mois dernier » (Associated Press) Est-ce que les généraux qui dirigent la Thaïlande depuis leur coup d’état du 22 mai dernier connaissent Éric Blair ? (le vrai nom de George Orwell) Je vous « fiche mon billet » (et même mon compte en banque, c’est dire !) que non. Ils ne l’ont jamais lu.  « On » a dû leur faire un résumé : « Orwell est celui qui a le mieux décrit la société totalitaire » Donc, comme il m’arrive – parfois – de faire preuve d’un grand esprit logique – j’en déduis que : interdire Orwell, c’est admettre du même coup qu’on est une société totalitaire. CQFD Donc lire Orwell en Thaïlande est un acte révolutionnaire ! Orwell avait écrit, à propos de « 1984 » : « Ce qui fait que les gens de mon espèce comprennent mieux la situation que les prétendus experts, ce n’est pas le talent de prédire des évènements spécifiques, mais bien la capacité de saisir dans quelle sorte de monde nous vivons » Orwell ne prophétisait donc pas, ne prédisait pas…. Il VOYAIT l’évidence et n’avait pas peur de la nommer. « Ce n’est pas tant son talent littéraire qui est admirable » écrit Simon Leys (dans « Orwell ou l’horreur de la politique » sur lequel je me suis jeté en rentrant à Paris), que son incomparable intelligence du péril singulier qui menace l’ensemble de la civilisation de la seconde moitié du 20è siècle. Vivre en régime totalitaire est une expérience Orwellienne. » Orwell pensait que seule la défaite du totalitarisme pourrait assurer la victoire du socialisme. Il prenait l’idéal socialiste tellement au sérieux qu’il ne pouvait tolérer de le voir manipulé par des « pitres » et des « escrocs » Thaïlande 1 – France 1  Et toc !

Le programme de l’armée thaïlandaise

Dans une longue allocution télévisée, le général Prayut qui dirige le gouvernement thaïlandais depuis le coup d’Etat du 22 mai, a justifié la prise du pouvoir par l’armée, et donné davantage de détails sur le programme politique du nouveau pouvoir.

La Thaïlande en quête d’elle-même

Politologues et sociologues diraient quelque chose dans le goût : « les quatre derniers mois de turbulences politiques attestent de faiblesses intrinsèques qui se cristallisent en dysfonctionnements patents de la structure socio-culturelle thaïlandaise ». Mais nous sommes des gens simples et nous nous bornerons à hasarder que, décidément, « quelque chose ne tourne pas rond au royaume du Siam ».Prenons l’exemple de Thawil Pliensri. Ce haut-fonctionnaire a été très injustement retiré en 2011 de ses fonctions de secrétaire-général du Conseil national de sécurité, un organisme clé dans la stratégie sécuritaire du royaume, par le gouvernement de Yingluck Shinawatra, et, comme le dit la formule consacrée, « transféré à un poste inactif ». Il a été forcé de quitter ses fonctions pour faire place à un proche du gouvernement, qui lui-même avait dû quitter son propre poste…pour laisser place à un autre ténor encore plus proche du gouvernement. Thawil a intenté un recours judiciaire, qu’il vient de remporter le 7 mars après une longue bataille. Entretemps, il avait fait plusieurs interventions attaquant le gouvernement sur la scène du People’s Democratic Reforme Committee, le mouvement anti-gouvernemental qui réclame la démission de la première ministre Yingluck Shinawatra depuis le début novembre.Et donc Thawil doit reprendre dans les prochains jours ses fonctions à la tête du Conseil national de sécurité, organisme étatique vital, pour travailler avec un gouvernement qu’il a vilipendé pendant des mois. Certains ministres ont indiqué qu’il allait être « difficile » de travailler de concert avec Thawil – remarque qui relève du simple bon sens.Que voit-on ici de part et d’autre? Opportunisme, absence de sens de l’intérêt de l’Etat, confusion entre intérêts supérieurs du pays et intérêts personnels des cliques.

La Thaïlande vit une transition douloureuse

Une des étrangetés de la crise politique qui secoue la Thaïlande depuis novembre est l’absence totale de débats d’idées, de confrontation de « projets de société », en un mot d’échanges qui font appel à l’intelligence. On s’insulte, on s’entredéchire, voire on se mitraille allégrement, mais dès qu’il s’agit de débattre rationnellement, de proposer des solutions constructives, plus personne ne répond à l’appel. L’affrontement entre le People’s Democratic Reform Committee (PDRC), le mouvement anti-gouvernemental mené par le sulfureux ex-député du parti démocrate Suthep Thaugsuban, et le gouvernement de Yingluck Shinawatra, sœur cadette du non moins sulfureux Thaksin Shinawatra (premier ministre renversé par les militaires en 2006) s’est cristallisé en haines personnalisées, en rivalités de cours d’école. La médiocrité du monde politique thaïlandais laisse songeur.Des universitaires thaïlandais et quelques anciens acteurs politiques aujourd’hui en semi-retraite, comme l’ancien secrétaire-général de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est) Surin Pitsuwan ou l’ex-ministre des Finances Somkid Jatusripitak, ont toutefois contribué des analyses pertinentes qui permettent de replacer cette poussée de fièvre dans un contexte historique long. Les analyses à cet égard sont risquées, car les comparaisons entre époques distanciées les unes des autres comportent forcément des simplifications.Dans un discours remarqué le mois dernier, Somkid a rappelé que le dernier grand réformateur de la Thaïlande (ou plutôt du Siam, tel que le royaume s’appelait à l’époque) a été le roi Chulalongkorn, qui a régné de 1868 à 1910. Face aux anciens (hua boran) qui voulaient préserver à tout prix le « Vieux Siam », le jeune roi a, non sans difficultés réussit à transformer de fond en comble la manière dont le royaume était administré. D’un pays semi-féodal, ou les gouverneurs de province considéraient leur territoire comme un patrimoine personnel et quasi-héréditaire, Chulalongkorn a fait un royaume fondé sur une administration centralisée, tenue par des fonctionnaires nommés, non-natifs de la région qu’ils géraient et redevables au Palais royal – une réalisation qui a contribué à refroidir les ardeurs colonialistes des Anglais et des Français. Le Siam était devenu « une nation civilisée ».Depuis cette « révolution administrative », bouclée dès la fin du règne de Chulalongkorn, la Thaïlande n’a pas subi de bouleversement structurel. Même le renversement de la monarchie absolue en 1932 a plus été un jeu de pouvoir entre groupes de l’élite qu’une transformation fondamentale.

Justice ou gouvernement des juges ?

La crise politique en Thaïlande semble avoir atteint un niveau de blocage tel, qu’il reste peu très peu de place pour une sortie négociée entre les deux partis qui s’opposent depuis plusieurs mois.

Le Sénat thaïlandais au centre de la crise politique

Les Sénat thaïlandais qui vient d'être partiellement renouvelé pourrait bien avoir un rôle important la crise politique actuelle.

La Thaïlande se rapproche d’un coup d’Etat judiciaire

L' hypothèse d’un coup d’Etat judiciaire pour mettre fin au gouvernement actuel est de plus en plus probable, alors qu'à l'issue de plus de quatre mois de crise politique aucune négociation ne semble possible entre l'opposition et le gouvernement.

Chronique de Thaïlande : le Roi et lui

Quoique l’on puisse penser de l’attitude passée et présente de Thaksin Shinawatra, force est de constater un fait : cet ex-officier de police devenu homme d’affaires puis converti à la politique est au coeur des passions nationales depuis maintenant quinze ans.Manifestations de rues, débats parlementaires, bruits de bottes et cliquetis d’armes, tout tourne autour de lui. Ce fait est notable car aucun Premier ministre depuis le maréchal Sarit Thanarath, mort en 1963, n’avait exercé une telle influence. Et même Sarit avait eu l’intelligence de se placer dans l’ombre du roi Bhumibol qui entamait alors son irrésistible ascension dans les consciences.Car ce qui agace certains chez Thaksin, c’est qu’il n’a pas voulu être dans l’ombre du monarque. Il y avait le Roi et lui, mais pas le Roi tout seul.Une confrontation inévitableLe clash était inévitable car non seulement le monarque a, de part son dévouement couplé à une formidable machine de propagande, réussi à occuper l’essentiel de l’espace public depuis les années 60, mais il s’est constitué autour de lui un petit monde de courtisans, d’hommes d’affaires liés au Crown Property Bureau, de chambellans, d’aristocrates, de bureaucrates et d’officiers militaires d’active ou à la retraite qui dépendent de la perpétuation d’un système monarchique vénéré par la population – et échappant à toute critique grâce à la loi punissant le crime de lèse-majesté – pour le maintien de leurs bénéfices et privilèges.Tout cela est connu, mais la nature de l’opposition entre le Roi et Thaksin a été rarement analysé en termes sociologiques. Lors de son discours d’anniversaire du 4 décembre 2002, le monarque avait, avec drôlerie, fustigé ce Premier ministre ambitieux, qui lui demandait d’être le “super-PDG” de la Thaïlande et importait des économistes sud-américains pour révolutionner l’économie thaïlandaise.L’opposition des personnalités était frappante entre l’homme d’affaires, plongé dans l’action, peu cultivé et peu scrupuleux, et Sa Majesté, homme de culture et de réflexion, issu d’un autre âge. Si l’on reprend la typologie des types de leaders établi par Max Weber, on pourrait dire que le leadership du Roi est d’abord un leadership traditionnel, s’appuyant sur une très longue tradition de respect d’une lignée de dirigeants, choisis à l’origine, puis se succédant au sein d’une même famille. Un leadership de type charismatiqueDans le cas du roi de Thaïlande, il s’y combine un leadership de type charismatique où la valeur du dirigeant ne vient pas d’un long passé familial, mais de la puissance de son aura dans le présent. Hitler, Mussolini ou De Gaulle étaient des leaders de ce type.